Sanctus Agilus, A 8kms. N. N. E. de Mondoubleau, était anciennement de l’archidiaconé de Châteaudun et du diocèse de Chartres. La cure était à la présentation de l’abbesse de Saint-Agil, près Châteaudun. Mme de Pierces de Fontenailles, morte le 27 janvier 1789, fu la dernière abbesse qui nomma à cette cure. Mre Eloy-Marie Georget fut présenté par elle le 30 avril 1784 (V.Appendice).

Ce petit village, assez coquet, consiste en une seule rue longeant les deux côtés de la route de Saint-Calais à Paris.

Le nouveau presbytère qui vient de s’élever sur les ruines de l’ancien, tout en offrant un logement agréable et commode au desservant de la commune, embellit en même temps le village d’une jolie maison de plus.

Le bourg comptait, dans le 13ème siècle, 60 habitants ; il en comprend aujourd’hui 113 ; la campagne 558 ; en total, 671.

Les tables décennales, de 1823 à 1833, présentent 230 naissances, 58 mariages et 193 décès.

L’église, située au milieu du bourg, à peu de distance de la route, n’offre rien de remarquable à l’extérieur ; de même que presque toutes les églises du canton, elle est surmontée d’une flèche effilée à huit pans, dont la base adhère à la charpente de la toiture. Cette église, repeinte et décorée nouvellement à l’intérieur, renferme une belle chapelle dédiée à la saint Vierge, dont la voûte est en pierre avec des nervures prismatiques et des pendentifs terminés par des écussons aux armoiries des fondateurs. Ses fenêtres ogives offrent, dans leurs compartiments, des vitraux peints représentant la naissance de J.-C., l’adoration des Mages et la présentation au Temple. Le millésime, gravé extérieurement sur la porte d’entrée, nous apprend que cette chapelle a été bâtie en 1547.

Au – dessus de l’ancien banc seigneurial, un marbre scellé dans le mur est revêtu de l’inscription suivante :

Vocant ad aethera

Duo precursores filioli

Aspice florem agrorum, quomodo

Crevit, statimque in clibanum versa

Est Catharina Genovefa de Verthamon

D’Ambloy. Obiit anno Domini millesimo

Septengentissimo quadragesimo

Die decima septimâ mensis novembris,

Minor annis vigentis duobus uno mense

Et filii obierunt alter anniculus ;

Alter quâ die vixit fuit.

Haec posuit luctuosae orbitatis

Insignia maetissimus et pater

Et conjux Dionisius Franciscus

Angran d’Alleray in suppremâ

Curiâ senator.

Requiescat in pace ! (1)

  1. Appelée au ciel par ses deux jeunes fils qui l’ont précédée, voyez comme fleur des champs s’est épanouie et desséchée aussitôt, par un souffle brûlant, Catherine-Geneviève de Verthamon d’Ambloy. Elle mourut le 17 novembre de l’an de J.-C. 1740, avant d’avoir atteint 22 ans. Dans un seul mois avaient succombé ses deux fils, l’un après un an de vie, l’autre après un jour, qui fut son jour de mort. Denis –François Angran d’Alleray, conseiller au Parlement de Paris, dans sa douleur de père et d’époux, éleva ce monument de deuil et de regrets.

Qu’elle repose en paix !


En tête de ce marbre sont gravées les armoiries de la famille Angran d’Alleray : d’azur à trois chevrons d’or posés l’un sur l’autre, accompagnés de 3 étoiles de même.

Au bas de l’écusson, on voit une fleur allégorique qui, à peine épanouie, se penche, se sèche bientôt sur sa tige et meurt.

L’église, sous l’invocation du saint dont la paroisse a pris le nom, fut fondée par les seigneurs du lieu, à une époque que nous ne pouvons préciser. Saint Fiacre (2), second patron de cette église, donne lieu à une fort belle assemblée qui tient le dernier dimanche du mois d’août.

  1. (2)En 1650, un nommé Sauvage établit à Paris des carosses publics, et comme il logeait à l’image de Saint-Fiacre, on appela ces voitures des Fiacres. 

Comme celle de la saint Jean-Baptiste de Baillou, cette assemblée emprunte son principal agrément du voisinage du château, dont les beaux jardins sont ouverts à l’empressement des curieux et des promeneurs. La jeunesse y trouve de frais ombrages et de charmantes salles de verdure pour s’ébattre et se livrer au plaisir de la danse… Vous pouvez y remarquer le sans-gêne de quelques bons villageois qui dansent en blouse sans ceinture. Ce sarrau classique, vêtement plus que négligé, contraste étrangement avec la mise fraîche et coquette des jeunes villageoises toujours préoccupées du désir de plaire…Cette jeunesse folle et rieuse qui tourbillonne sans cesse sous les voûtes feuillues des grands arbres aux sons discordants des violons ; ces groupes épars de promeneurs que l’œil de l’observateur perd, retrouve, perd de nouveau et retrouve encore derrière les épais massifs ; cette foule bigarrée, en habits de fête, qui se précipite, se mêle, se croise, se coudoie, s’éparpille et se colore çà et là aux rayons empourprés d’un beau soleil couchant du mois d’août, présentent un spectacle, vu des fenêtres du château, des plus gais, des plus variés, des plus divertissants… La nuit survient, mais avant qu’elle ait étendu son réseau d’ombres sur cette scène animée, tournoyante, l’heure de la retraite a sonné. La musique se tait ; les contre-danses finissent ; les jeunes filles quittent à regret le velours des pelouses froissées sous leurs pas légers ; les amours désertent les bosquets ; les promeneurs quittent les sentiers fleuris ; les flots mouvants de la multitude s’écoulent, se dispersent, se dissipent et la grille se referme. Alors le calme succède à l’agitation, le silence au bruit, la fraîcheur d’une belle nuit à l’ardeur d’un beau jour ; mais pour la jeunesse toujours avide et insatiable de plaisir, les tentes de toile grise, dressées au village, ont bientôt remplacé les dômes de verdure du château.

La Seigneurie de la paroisse était annexée au château de Saint-Agil, qui se trouvait compris dans la circonscription de la baronnie de Mondoubleau, comme le confirme un aveu rendu par Jean de la Vove, à François de Bourbon, comte de Vendôme et seigneur de Mondoubleau, pour la terre et seigneurie de Saint-Agil, avec le dénombrement de sujets, en date du 24 mars 1484.

               Le château, en 1484, ne se composait peut-être que des vieux bâtiments situés sur l’arrière-cour. L’encorbellement qu’on y remarque ; les feuilles frisées, ou crochets, placées le long des frontons ; les syrènes et autres figures bizarres qui ornent les angles ; les gargouilles saillantes, terminées par des têtes d’animaux, nous semblent dériver d’une architecture plus ancienne que celle de la façade du château. Le grand pavillon, ou donjon, formant avant-corps avec les deux tourelles dont il est flanqué, bien qu’il rappelle les châteaux du 12e siècle, appartient, par son style mixte, à l’architecture de la renaissance : il est de très-peu antérieur à la chapelle de la Vierge, dont nous avons déjà parlé, fondée, en 1547, par un sire de la Vove, seigneur du lieu, fils ou petit fils de Jean de la Vove, cité plus haut.

                Ce fils ou petit-fils de Jean de la Vove s’est fait représenter, comme constructeur du château, sur le bas-relief du donjon au-dessous de la principale fenêtre. Ses cheveux courts, sa barbe longue, la cuirasse dont il est couvert, les gantelets qu’il porte, composent un costume du temps de François 1er. Sa main droite est appuyée sur un écusson chargé de 6 besans d’argent, 3, 2, et 1 (1) ; au-dessous, sont gravées les initiales M. A. DE. LA. V. Les cinq dernières lettres ne peuvent laisser aucun doute sur l’identité du nom.

  1. (1)De la Vove était une très-ancienne maison au Maine où est situé la terre de ce nom. Elle tenait aux principales maisons de France. Ses armoiries étaient : de sable à 6 besans d’argent, 3, 2, et 1. Ces mêmes armoiries se trouvent reproduites dans plusieurs endroits de l’église de St-Agil, et particulièrement à la voûte de la chapelle de la Vierge.

Nous sommes porté à croire que le constructeur de la partie la plus remarquable du château a été le fondateur de la chapelle de la Vierge ; du moins l’architecture de ces deux édifices appartient à la même époque, et les armoiries qui y sont jointes sont absolument les mêmes.

                L’appareil reticulé en brique (2) rouge et brune, et le moellon si délicatement sculpté (3) dont cet appareil est rechaussé, font de cette belle partie du château un édifice gothique plein de grâce et d’élégance.

  1. (2)La brique employée sous la domination romaine et aux premiers siècles du moyen-âge avait complètement disparu dans les constructions des 12e et 13e siècles ; elle se montra de nouveau dans les 15e et 16e siècle.
  2. (3)L’admirable légèreté, qui a présidé aux ciselures et sculptures, se fait plus particulièrement remarquer sur une porte murée de l’arrière-cour. Des arabesques, des rinceaux, des moulures imitées de l’architecture antique, des médaillons dans lesquels sont en demi-relief des têtes de guerriers romains, présentent des ornements d’une grande perfection, empruntés au 4e style ogival. Le temps ne les a que faiblement endommagés.

Catherine de Courtarvel leur fille, dame de Saint-Agil, épousa en 1665 Germain Texier, comte d’Hautefeuille, dont postérité. MM. d’Hautefeuille vendirent depuis la terre de Saint-Agil à MM. Angran d’Alleray, vers 1700, lesquels la vendirent à M. Gilbert, notaire à Paris. M. Cellière, ancien fournisseur des armées, devenu ensuite propriétaire de cette terre par son mariage avec Mlle Gilbert, l’a revendue à MM. de Saint-Maixent, possesseurs actuels.

                Le bon goût qui n’a cessé de présider à l’embellissement de Saint-Agil, n’a point négligé les dehors qui sont étendus, agréables et variés, des bois, des bosquets toujours frais ; des pelouses parsemées de groupes et de massifs d’arbres toujours verts ; de délicieux ombrages ; de magnifiques berceaux, de gracieux sentiers, de charmantes fabriques (1), savent amuser, recréer le promeneur et lui ménager des surprises nouvelles.

  1. (1)Nous citerons, entre autres, la jolie chaumière érigée, dans un des bosquets, par les soins de M. le marquis et de Mme la marquise de B…, beau-frère et sœur de Mme de Saint-M… L’inauguration de cette chaumière se fit le 18 juin 1831, et donna lieu à une charmante fête à laquelle furent invitées plusieurs personnes du voisinage. Une pastorale de circonstance fut jouée dans les bosquets à l’entrée même du champêtre édifice. Un berger de la contrée joignit aux fleurs qu’il apporta les couplets que voici :

AIR : Avec les jeux dans le village.

Comme berger de la contrée,

J’apporte mes faibles tributs ;

A la chaumière inaugurée

J’ajoute quelques fleurs de plus…

Mes couplets seraient sûrs de plaire,

Ici, chacun en conviendra,

Si tous les vers que j’aime à faire

Valaient un souris d’AMICA.

Laissons dormir la politique

Qui rembrunit notre avenir ;

Ce n’est que sous un toit rustique

Qu’on trouve la paix, le plaisir :

Dans une modeste chaumière

Un berger toujours se plaira,

S’il y rencontre une bergère

Gracieuse comme AMICA.

Ce réduit que chacun contemple

Est à bon droit apprécié ;

N’est-il pas en effet le temple

Que s’est érigé l’amitié ?

Sous ces ombrages agréables

Cet édifice redira

Les noms charmants, inséparables

De LUDOVIC et d’AMICA…

C’est à votre présence heureuse

Qu’on doit un refuge si doux ;

C’est là que l’amitié rêveuse

Viendra souvent penser à vous ;

Mais privés de votre présence,

Votre œuvre au moins nous restera

Pour s’embellir en votre absence

Du doux souvenir d’AMICA.

Des Grâces cette solitude

Deviendra souvent le séjour ;

Les doux charmes qu’offre l’étude

Viendront l’embellir à leur tour :

Les ris, les jeux sauront s’y plaire

Dès qu’ARMANDINE y paraîtra…

C’est là le cortège ordinaire

De l’aimable sœur d’AMICA.

                Une autre fabrique, dont la nature seule a fait les frais, et le tronc colossal d’un vieux chêne, appelé « trogne » dans le pays. Creusée par le temps, mutilée dans sa base, cette antique végétation ne couronne plus sa tête chauve que d’une verdure d’emprunt… Promeneur, qui égarez vos pas et vos rêveries de ce côté, défiez-vous de ce chêne caduc ; sous son écorce ridée. Desséchée et sans vie, se chache peut-untre un jeune et gracieux minois. Le vieil arbre, en s’ouvrant tout-à-coup, peut réaliser, à vos yeux surpris, une de ces charmantes Hamadryades rêvées autrefois par l’ingénieuse mythologie.

-          Superficie communale, 1,508 hect. 95 ares 44 cent., dont 1,217 hect. 65 ares 70.cent. en terres labourables, et 141 hect. 60 ares 50 cent. en bois taillis. On compte 27 métairies, 34 bordages et 9 hameaux.

-         Assolement quatriennal pour la culture. On ensemence le quart des terres labourables. Les produits des céréales donnent communément 6 pour 1 ; ils sont plus que suffisants pour les besoins de la commune.

-          Revenu imposable des propriétés bâties et non bâties, 24,430 francs 80 centimes.

-          Total des contributions, 6,630 francs 32 centimes.

-          Antiquités. On a trouvé dans cette commune, en creusant le sol, un grand nombre de médailles, ou deniers d’argent, des 10e et 11e siècles, dont plusieurs semblent avoir été fabriquées par les barons de Mondoubleau.

-          Saint-Agil possède un desservant, une résidence de notaire, une école primaire pour les garçons, et un débit de tabac.

-          Perception de Souday.

-          Fréquentation des marchés de Mondoubleau et de Courtalin.

D’après Nouvelle Edition: ESSAI HISTORIQUE ET STATISTIQUE sur LE CANTON ET LA VILLE DE MONDOUBLEAU PAR M DE BEAUVAIS DE St-PAUL.